Un an presque jour pour jour que la menace
incarnée par le président Kombayn Nikoladze a
été écartée. Inutile de vous en
rappeler les principaux faits puisque vous étiez
probablement déjà aux commandes et après les
montagnes de Géorgie, c'est en Indonésie que la NSA a
décidé de vous envoyer. Enfin quand je dis "vous", je
pense bien sûr à votre alter-ego vidéo-ludique,
le super agent américain Fisher, Sam Fisher. Vous connaissez
sans doute déjà bien le bonhomme pour l'avoir
incarné quelques heures durant au printemps 2003.
Après son excursion caucasienne, le "Man In Black" est donc
de retour et si j'en crois le succès tant commercial que
critique du premier volet, ce n'est pas pour nous
déplaire.
Adapté sur toutes les plate-formes principales du moment (PC
et Xbox mais aussi Playstation 2 et
GameCube), Splinter Cell avait fait forte impression lors de sa
sortie le 28 février 2003. L'infiltration sur PC
était alors le seul fait d'un certain "47" et si l'homme au
code barre excellait dans son domaine, les joueurs n'étaient
visiblement pas contre un peu de variété. Puisque
"47" ne sera pas de retour avant le 30 avril prochain, c'est
à Sam Fisher de jouer les premiers rôles. Une aventure
indonésienne donc et une sombre histoire de terrorisme
biologique... Tout cela ne me dit rien qui vaille.
Un éternel recommencement ?
Certains philosophes estiment que l'histoire est cyclique, que
la vie n'est qu'un éternel recommencement. Je ne me
lancerais pas dans un débat sans fin opposant le pour et le
contre de cette théorie mais je reste cependant certain que
dans le cas très précis du jeu vidéo c'est
parfaitement exact et ce n'est pas le pauvre Sam Fisher qui va me
contredire. Moins d'un an après son escapade
géorgienne, l'agent très spécial est donc
envoyé en Indonésie pour une mission de la plus haute
importance. Un groupe de rebelle s'est en effet emparé de
l'Ambassade Américaine au Timor Oriental région
particulièrement troublée depuis que les
gouvernements occidentaux ont laissé l'Indonésie en
prendre le contrôle (NDLR : ce dernier élément
n'est pas du jeu vidéo, c'est la réalité). De
nombreux otages sont retenus prisonniers au sein même du
bâtiment et c'est donc l'ami Fisher qui est appelé
à la rescousse. Il faut dire que parmi lesdits otages se
trouve une vieille connaissance de Fisher, un certain Douglas
Shetland. Shetland est à la tête d'une entreprise
militaire privée et serait en possession de nombreux
dossiers secrets.
Vision "normale", "nocturne" ou "thermique" : pas de doute, c'est bien l'ami Fisher que l'on retrouve !
Parachuté à quelques encablures de l'Ambassade, Sam
doit tout d'abord se frayer un chemin à travers les quelques
habitations qui le séparent du bâtiment. Ce petit
parcours simplissime n'est en fait que le prétexte à
un petit didacticiel finalement mieux intégré que la
séance d'entraînement du premier volet. On y apprend
une nouvelle fois les mouvements de base et on y découvre
quelques petites nouveautés le rendant intéressant
même pour les habitués du Splinter Cell originel :
c'est par exemple grâce à cet exercice que l'on
comprend l'utilité de la vision thermique en présence
de mines. Relativement court et donc pas foncièrement
inintéressant, cet intermède s'intègre
très bien à l'aventure : il se termine au moment
même où Sam Fisher parvient à grimper le long
d'une gouttière pour pénétrer à
l'intérieur de l'Ambassade. La deuxième partie de la
première mission débute et l'aventure peut alors
véritablement commencer... Tout au long de la campagne solo,
c'est ainsi huit missions qui s'enchaînent de la sorte,
chacune étant subdisivée en deux ou trois sections de
longueur assez variable.
Voyage, voyage
Sans trop entrer dans les détails de cette campagne solo
et ainsi vous en dévoiler tous les mystères, on peut
tout de même dire que l'agence de voyage de Fisher a
peut-être moins bien réussi son boulot que lors du
premier épisode. L'Indonésie fait bien sûr
partie des destinations au programme, mais en dehors de cela rien
de vraiment exotique puisque nous sommes simplement amenés
à découvrir très brièvement la Capitale
française et la deuxième ville des Etats-Unis : Los
Angeles. Pas question cependant de goûter aux joies des nuits
parisiennes ou de visiter les studios de cinéma : Sam Fisher
ne mélange jamais le travail et le plaisir. Cette diminution
des destinations ne s'explique pas par les réductions
budgétaires de la NSA mais plutôt par un resserrement
du scénario. La campagne de Pandora Tomorrow semble en effet
un peu plus dense, un peu mieux construite que celle de Splinter
Cell. Dans le précédent opus, le résultat
était déjà très convaincant mais
là, il semblerait que les scénaristes se soient
attachés à rendre le tout un peu moins
décousu.
Ils se sont d'ailleurs parfaitement acquitté de cette
tâche et force est de constater un enchaînement plus
évident des événements, une limpidité
plus nette dans la progression dramatique de l'histoire. En ce qui
concerne le contenu même des nouvelles aventures de Fisher,
il n'est par contre pas question de réelles surprises. Notre
super héros est toujours aussi doué et l'âge ne
semble pas avoir de prises sur lui. Impressionnant de souplesse, il
se déplace aussi discrètement qu'un chat et peut
adopter les positions les moins confortables pour rester
parfaitement invisible (NDLR : Sam, ti ondules ton corps...). Les
déplacements sont identiques à ce que l'on pouvait
déjà relever dans Splinter Cell et Fisher peut donc
faire des roulades, rester suspendu par les pieds, faire le grand
écart entre deux parois et tirer dans à peu
près n'importe quelle position. Le petit gars a tout de
même appris quelques petites choses supplémentaires et
il est maintenant capable de siffler (NDLR : trop fort !) pour
attirer l'attention d'un garde ou bien encore de faire un 360°
pour passer d'un côté à l'autre d'un pilier par
exemple.
De la même manière, Sam Fisher dispose toujours de
nombreux accessoires pour se frayer un chemin. Tantôt il doit
enregistrer la conversation téléphonique d'un agent
double et tantôt c'est à l'aide de sa caméra
thermique qu'il pourra identifier la bonne personne. Les
accessoires sont à peu de choses près identiques
à ce que l'on avait déjà pu relever lors du
test du précédent volet. On retrouve donc
les balles en plastique, les caméras de diversion ou encore
les différents types de grenades. Chaque objet a une
utilisation bien précise et comme ils sont rarement en
très grand nombre, il est important de ne pas les
gâcher inutilement. Sam avait deux armes de
prédilection dans sa première aventure et ce sont les
deux mêmes joujoux que l'on retrouve ici : un pistolet
équipé d'un silencieux et le précieux SC-20K
à tout faire. Ce fusil multi-fonctions permet bien
évidemment de profiter du traditionnel mode de visée
indispensable pour les "headshots" et les développeurs ont
ajouté un mode "laser rouge" pour compenser
l'imprécision du classique réticule : par contre
soyez prudent, les gardes ont tendance à réagir
nerveusement lorsque le laser pointe leur visage !
Si les gadgets sont toujours d'actualité, il faudra également faire appel aux aptitudes physiques du gars Fisher
Rien de nouveau sous le soleil ?
Si l'on en reste à ce descriptif rapide des fonctions
disponibles dans le jeu, force est de constater que
l'originalité n'est pas au cœur de Pandora Tomorrow.
Pour un peu, on considérerait même que cette nouvelle
aventure n'est qu'une vulgaire extension. Il faut bien admettre que
les arguments pour étayer cette thèse sont assez
nombreux, à commencer par la réalisation technique
qui ressemble comme deux gouttes d'eau à celle de Splinter
Cell. Reconnaissons d'ailleurs que cette dernière n'a
pratiquement pas vieilli et que la beauté des
différents décors reste assez stupéfiante
malgré la sortie de
Far Cry. Pour notre plus grand bonheur, les excellents
doubleurs du premier volet ont également rempilé et
Pandora Tomorrow s'offre donc une réalisation de très
haute volée. Pourtant, les joueurs les plus critiques
à l'égard de Splinter Cell seront sans aucun doute
déçus de voir que leurs remarques n'ont pas
été prises en compte. Les missions sont toujours
aussi linéaires, les éléments de décor
restent tout à fait accessoires et il faut, une fois encore,
rester au plus près de la solution imaginée par les
développeurs pour s'en sortir.
Dans de nombreux cas, on remarquera les efforts
déployés par les concepteurs pour permettre un chouia
plus de liberté, mais cela reste malgré tout
très succinct et on ne retiendra finalement que deux
approches : infiltration ou "grosbillisme". C'est d'autant plus
regrettable que certains décors particulièrement
riches auraient permis beaucoup plus de choses, je pense en
particulier à la jungle indonésienne où la
végétation ne sert finalement qu'à
délimiter une sorte de passage obligé pour notre
héros. Dans le même ordre d'idées, on
regrettera que les développeurs n'aient pas pris le temps de
peaufiner la localisation des dégâts ou l'intelligence
artificielle. Vous avez beau tirer dix fois dans le pied droit d'un
adversaire, tant que son niveau de vie n'a pas atteint zéro,
cela ne lui posera aucun problème ! Même regret avec
la gestion de l'obscurité chère à notre ami
Fisher. Dans le premier volet les gardes de la CIA semblaient vivre
carrément dans le noir... On dirait bien que les terroristes
indonésiens soient aussi à l'aise dans les
ténèbres que les agents américains : ils
n'essayent jamais d'allumer les lumières ou ne
s'inquiètent pas de l'explosion régulière des
néons !
Toujours meilleur à plusieurs !
Ces défauts pourraient évidemment agacer ceux qui
les avaient relevés dans le premier volet et ce n'est bien
sûr pas Pandora Tomorrow qui risque de convertir aux exploits
"samfisheriens" les réfractaires à Splinter Cell.
Pourtant, cette nouvelle aventure est parfaitement pensée.
Elle n'offre certes pas beaucoup d'originalité (encore que
la mission en TGV est bien sympathique), mais l'efficacité
est au rendez-vous et c'est bien ça le plus important. Aucun
doute à avoir, si vous avez aimé le premier
épisode, vous replongerez comme moi dans ce mélange
d'action / furtivité. L'ambiance est toujours au
rendez-vous, le stress également et pourvu que vous
n'abusiez pas du système de sauvegarde (comme pour le
premier épisode, Ubisoft n'a pas
repris le principe des checkpoints des versions consoles),
l'aventure sera relativement difficile. En simple joueur, Pandora
Tomorrow n'est donc qu'une sorte de grosse extension et à
vrai dire ce n'est guère surprenant quand on pense au temps
de développement qu'a dû demander LA véritable
innovation de Pandora Tomorrow : le multi-joueurs.
Oui, UbiSoft a décidé d'adjoindre une partie
réseau à son titre phare et si je dois bien
reconnaître avoir été plus que sceptique
à cette annonce (comment rendre correctement l'aspect
infiltration en multi-joueurs), je dois également
reconnaître avoir été passablement
bluffé ! Les quatre joueurs sont répartis en deux
équipes de deux : les espions de ShadowNet et les
mercenaires d'Argus. Chacun des deux camps dispose de
caractéristiques et de gadgets qui lui sont propres mais
surtout la représentation elle-même diffère
selon le camp choisi. Les espions sont évidemment
très proches de Sam Fisher et profitent d'une vue à
la troisième personne autorisant un grand champ de vision au
contraire des mercenaires qui doivent eux faire avec une vue
subjective beaucoup plus limitée. Schématiquement, on
peut dire que les espions ont plutôt le rôle
d'attaquant alors que les mercenaires "défendent", mais
selon le mode de jeu, les objectifs varient
considérablement. En "Neutralisation", les espions doivent
pirater des terminaux sachant que lorsqu'ils sont en train
d'accéder à la machine, ils sont parfaitement
visibles des mercenaires chargés de les stopper.
Le mode "Sabotage" est assez proche dans la mesure où les
espions doivent une nouvelle fois accéder à des
terminaux mais ici pour y placer un modem. Ceci fait, l'alarme se
déclenche et les mercenaires doivent tout mettre en
œuvre pour détruire ledit modem ce qui amène
les espions à retenter leur chance et ainsi de suite. Enfin,
le troisième mode, "Extraction", est un peu différent
car davantage basé sur le "mouvement". Les espions doivent
en effet s'approprier une fiole et la transporter à leur
point de départ. Le problème étant que plus
ils se déplacent vite, plus ladite fiole est visible par les
mercenaires ! En plus de la représentation (première
ou troisième personne), c'est bien sûr
l'équipement qui fait toute la différence entre
espion et mercenaire. Les premiers misent sur leur
discrétion avec un pistolet paralysant et de quoi
déclencher de fausses alertes avec différentes
grenades (fumigènes, flash). De leur côté, les
mercenaires disposent d'un équipement plus lourd (un bon
gros fusil) et destiné à identifier les espions :
détecteur de mouvements et détecteur
électro-magnétique. Original et très
varié, le mode multi-joueurs nécessite par contre de
bien connaître les cartes, histoire de ne pas se faire
piéger comme "un bleu", mais dès lors qu'un minimum
d'expérience est acquis, il devient vraiment très
amusant... Reste cependant à voir combien de temps et si le
faible nombre de cartes disponibles (huit) ne risque pas d'en
écourter la durée de vie.
Si l'atmosphère est toujours aussi bien rendu et la tension très "palpable", on regrette l'intelligence artificielle "faiblarde"
Les héros ne meurent jamais...
Evidemment moins stupéfiant que Splinter Cell premier du
nom, Pandora Tomorrow n'en demeure pas moins une franche
réussite. Le cocktail action / infiltration est toujours
aussi bien maîtrisé par des développeurs qui
nous proposent un mélange détonnant quoique peu
original et cette nouvelle aventure n'a vraiment pas à
rougir de la comparaison avec son prédécesseur.
J'aurais même tendance à trouver le scénario un
peu plus abouti, un peu moins décousu que dans Splinter
Cell. Les missions semblent mieux s'enchaîner et l'histoire
est peut-être un peu plus limpide. Il ne fait de toute
façon aucun doute que si vous avez aimé la ballade
géorgienne de Sam Fisher, vous aimerez au moins autant
partir à la découverte de ce que l'on appelait
autrefois les Indes Néerlandaises. On appréciera les
(trop rares) nouveautés et même si elle est
très courte, la séquence en TGV fera son petit
effet.
L'aventure reste malgré tout très linéaire et
c'est sans aucun doute le reproche principal, avec le manque de
"rejouabilité", que l'on peut adresser à Pandora
Tomorrow. Alors bien sûr, plus de liberté
accordé aux joueurs aurait certainement réduit la
tension, le stress ressenti pendant les missions mais il faut bien
admettre que cela reste parfois contrariant. Ce n'est d'ailleurs
par Pandora Tomorrow qui risque de convaincre les
réfractaires à moins qu'ils ne se laissent tenter par
le mode multi-joueurs. S'il est encore un peu tôt pour juger
de son intérêt dans le temps, ce mode est de prime
abord très réussi et permet de se retrouver à
quatre dans un jeu d'action sans équivalent à l'heure
actuelle. Le comportement différent des deux classes de
personnage permet une action vraiment variée et renouvelle
constamment les parties. Alors que le réseau
inquiétait pas mal de fans, les concepteurs s'en sont sorti
avec brio.
Splinter Cell : Pandora Tomorrow s'impose donc sans trop de
problème comme l'une des références actuelles
en matière d'infiltration sur PC. Il faudra bien sûr
suivre de près la troisième aventure du Hitman
à paraître très bientôt, mais en
l'état, Sam Fisher a déjà largement de quoi
convaincre aussi bien les amateurs de jeux en solitaires que les
aficionados du réseau.







